Une confiance sans nom : essai sur la foi

Publié le par la rédaction

Est-il encore possible de croire ?
 
Auteur :  Didier Travier

 

 
Bien des énoncés traditionnels de la foi sont devenus intenables ou simplement incompréhensibles. Au premier rang desquels ceux qui parlent … de Dieu. Et si l’on ne peut plus croire, comment pourrait-on encore pratiquer ? Cet essai tente l’hypothèse inverse : et si l’on partait de la pratique, d’une pratique, la protestante en l’occurrence ? Il s’agira alors de méditer sur la signification du culte réformé, de parcourir les différents moments de sa liturgie, d’interroger les grands symboles bibliques qu’il mobilise, le tout de manière profane, laïque, non religieuse. En faisant, autant que possible, abstraction de toute présupposition de Dieu. En cherchant ses appuis du côté des philosophes. En assumant aussi le caractère personnel de l’itinéraire suivi. Et qui sait ? Pourrait-il en sortir une foi épurée et revigorée ? Une foi sur le point de se libérer de la religion ?
 
Didier Travier (51 ans) est normalien (Ulm 1985) et agrégé de philosophie (1988). Il a enseigné dix ans la philosophie en lycée. Il est aujourd’hui conservateur de bibliothèque. Conseiller presbytéral d’une paroisse cévenole, il co-anime un cercle de réflexion théo-philosophique à la Maison du protestantisme de Nîmes. Cette expérience et celle de l’enseignement lui ont donné le goût d’une transmission à la fois claire et rigoureuse de la pensée philosophique auprès d’un large public.
 
Préface par Olivier Abel, philosophe.
 
Éditions Ampelos, le 11 décembre 2017

Publié dans Essais, Didier Travier

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bibletude 20/02/2018 07:24

"Cette liberté personnelle qui en appelle à l'esprit de libre examen dans toute son étendue et sans laquelle la méditation qui ouvre sur l'intelligence de la foi est frappée d'interdit - ou à tout le moins entravée par la prééminence donnée au dogme et à tous les énoncés que celui-ci a figés."

Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'effectivement le dogme paralysant est un fléau. Il a envahi même les mouvements qui se prétendent "réveillés", où les mots "Saint-Esprit" et "bible" reviennent constamment sur les lèvres, mais où il est quasiment devenu impossible ne serait-ce que de suggérer le libre examen. Si par malheur dans ces milieux vous désirez faire comprendre le sens d'un mot, d'une expression bibliques, ou mettez le doigt sur une traduction qui est en fait une interprétation tendancieuse, ou si vous suggérez que Paul et les Pères de l'Église interprétaient la Bible spirituellement, et non pas dans son sens premier, ou si vous contestez un dogme absurde (inerrance de la Bible prise dans son sens hyper-étroit, "trinité" imposée dans sa définition très contestable, etc.), on ne vous répliquera pas par le dialogue, mais en vous attaquant personnellement, en vous étiquetant d'un des nombreux termes inventés au cours du temps pour désigner du doigt les "hérétiques".

J'ai franchement l'impression, au vu de ce que je viens de dire et au vu d'autres signes d'obscurantisme (particulièrement en politique), que nous entrons dans une ère d'obscurité spirituelle, de superstition et de chasse aux sorcières.

Levy 29/12/2017 17:12

" ... parcourir les différents moments de sa liturgie, (...) interroger les grands symboles bibliques qu’il mobilise, le tout de manière profane, laïque, non religieuse. En faisant, autant que possible, abstraction de toute présupposition de Dieu ". Démarche singulière en ce qu'elle prend appui sur une réflexion philosophique (et non sur un corpus théologique), mais qui imprime d'emblée l'idée qu'elle fera emprunter un itinéraire de liberté. Cette liberté personnelle qui en appelle à l'esprit de libre examen dans toute son étendue et sans laquelle la méditation qui ouvre sur l'intelligence de la foi est frappée d'interdit - ou à tout le moins entravée par la prééminence donnée au dogme et à tous les énoncés que celui-ci a figés.
"Intenables" et "incompréhensibles, ces énoncés le sont plus qu'ils ne l'ont jamais été, et d'abord pour avoir pris une distance infranchissable avec l'état des connaissances et, en cet état, avec l'intellection du monde qu'a atteinte la créature humaine et avec les représentations de pensée, sociétales et éthiques qui sont corrélées à cette intellection. L'imagerie, au sens le plus large, qui s'est formée aux siècles des Écritures, et qui, en cette situation temporelle, conformait la configuration du croire sur le texte et sur la lettre (avec si peu de place pour la légitimation de la lettre dans la vocation impartie à chaque iota et à chacun de ses traits d’être sans cesse déconstruit et remodelé), pourrait-elle parler à une humanité où - entre autres vertiges qu'elle éprouve - l'astrophysique conçoit des « univers parallèles », et où l'infime de l'infime du vivant et l’infime de l’infime de la matière sont devenus l'objet du savoir ?
Partir de l’abstraction de toute idée et préconception d’une transcendance, n’est-ce pas en effet ouvrir tout le champ de l’appréhension humaine de l’inconnaissable, de notre appréhension de la dimension inconnaissable du spirituel ? Et donner ainsi libre parcours, dans l'intellection contemporaine du monde et dans les intellections à venir du monde, au souffle de l’esprit qui vivifie – non pas en l’espèce contre la lettre qui tue, mais contre la lettre qui est œuvre de mort en ce qu’elle n’est pas livrée à la déconstruction essentielle du sens qui s’y lit au profit de l’infinité des sens qu’elle renferme ; et qu’elle est faite pour tenir dans l’obscurité, dans une obscurité que la grâce n’a jamais cessé de nous proposer d’entamer – fût-ce par des lueurs parcellaires, et dispensées comme telles à la mesure du projet dont la création est investi.
Se placer ainsi devant « le silence éternel (des) espaces infinis », interroger aussi bien les symboles que les constructions humaines qui ont été nos réponses incertaines à l’effroi pascalien, c’est aller au devant de l’espérance d’une relecture du croire porteuse d’une intelligence de la foi pour notre temps. Et quant au fond de cette espérance et de cette intelligence, une petite voix ne nous suggère-t-elle pas qu’il inclura dans ses sources deux lumières que le dernier siècle a laissé passer : le « Tout est grâce » et son complément du « Tout ce qui monte converge ».